Mignonnes : un film féministe subtil et audacieux

Mignonnes : un film féministe subtil et audacieux

Depuis sa sortie nationale, le 19 août dernier, Mignonnes de Maïmouna Doucouré fait valser la critique. En cause : il est accusé d’exploiter les enfants en raison de son caractère volontairement provocateur. Pourtant, ce long métrage aborde des thématiques essentielles, actuelles et féministes, mais trop souvent ignorées. Lumière sur une oeuvre subtile et courageuse.

Des jeunes filles à peine sorties de l’enfance et avides de passer à l’âge adulte, il en existe des milliers sur terre. Et c’est bel et bien ce que dépeint ce long métrage signé Maïmouna Doucouré. En 2015, la réalisatrice brillait avec Maman, un court métrage à la fois sombre et autobiographique récompensé d’un César. Cinq ans plus tard, la cinéaste revient avec une fiction toute aussi juste et profonde. Il s’agit de Mignonnes, un titre qui respire l’insouciance, la gentillesse et la fragilité. Un titre tout aussi puissant que symbolique. 

L’histoire met en scène une jeune héroïne de 11 ans, prénommée Amy (incroyablement bien incarnée par la comédienne Fatiha Youssouf). Cette préadolescente issue d’une famille modeste rêve de devenir une femme accomplie et d’être reconnue socialement par sa beauté, sa féminité et sa popularité. Un rêve, bien loin de la réalité. Étouffée par sa mère très croyante (brillamment interprétée par Maïmouna Guey), elle n’espère qu’une seule chose : être pleinement épanouie. Pour réaliser son souhait le plus cher, elle va rejoindre les Mignonnes, un groupe d’élèves populaires qui préparent des chorégraphies sensuelles pour un concours de danse du quartier. Des mouvements suggestifs, sexuellement parlant, et des twerks en culotte qui font écho à des clips actuels, comme “WAP” de Cardi B. On ne compte plus le nombre de gros plans de fesses des fillettes, filmées volontairement comme sur des vidéos TikTok.

Et pour que chaque spectateur puisse s’identifier à ce jeune personnage, la réalisatrice a choisi de se mettre à hauteur d’enfant, afin de mieux tisser un lien entre le public et le protagoniste. Côté mise en scène, les codes de l’espace scénique sont parfaitement maîtrisés. Les jeunes filles se partagent la scène, parfaitement synchronisée dans leur pré-carré. Elles se retrouvent ainsi seules à l’écran, sur un immense terrain de jeu. Un choix symbolique qui permet d’insister sur le fait qu’elles se sentent libérées de la présence des adultes. 

Mignonnes aborde un sujet complexe et tabou au sein de notre société, celui de l’hypersexualisation des filles à la préadolescence. Le film met en lumière les conséquences que peut causer l’appropriation de codes sexuels par des enfants qui ne mesurent pas leurs actions. Et vous l’aurez compris, c’est évidemment cet aspect qui dérange, choque et déchaîne les passions Outre-Atlantique. Pourtant, ce long métrage audacieux parvient à questionner la problématique du décalage entre les attentes de la famille et l’identité personnelle de la jeune Amy. Il met parfaitement en lumière la pression que les jeunes filles subissent sur les réseaux sociaux. Cette envie folle de plaire et d’être acceptées. 

Une oeuvre qui témoigne de la difficile construction de soi à l’ère des réseaux sociaux.

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