“La Néo-Soul : entre flow et états d’âme.”

“De la basse, une voix grave et des confessions voilà ce qu’il me faut pour un dimanche matin. Petit à petit mes épaules s’agitent sur “Lose my Cool” d’Amber Mark. C’est de loin, le cocktail parfait pour commencer la journée avec l’effluve enivrante d’un encens en train de se consumer.”

À y repenser, on arrive à s’évader au bout de trois minutes. C’est assez époustouflant. Très rapidement on s’attarde sur le sens de la vie et on se lance dans des considérations philosophiques sans pour autant avoir bu des litres de rhum la veille. Et si c’était le pouvoir de la néo-Soul ?

Il est vrai que je ne suis pas une noire-américaine vivant à Détroit dans les années 60. Et même si tous mes problèmes ne sont pas que de la poudre de perlimpinpin, je ne me soucie pas de savoir si ce soir mon copain se fera agresser sur le trajet du retour. Je laisse mes oreilles aller aux notes déclamées par Jorja (Smith), Mahalia, Jacob (Banks), Leon ou Raphaël. Je ne pense jamais à Etta James, Otis Redding, Sam Cooke ou Aretha Franklin. Et pourtant, mes oreilles sont depuis vingt ans tellement sensibles à la Soul. C’est cela que certains appelleront la vraie Soul. 

Si les années ont passé, ce qui regroupent tous ces artistes reste la Soul, l’âme. Cette vérité arrachée à nos sentiments, recrachée par des notes et des mots qui sont sublimés par la musique. Je crois que c’est ce qui me fascine depuis que je me suis acheté cette première compilation “100% Soul”. À cette époque, j’étais une adolescente ordinaire. Transparente mais drôle, bonne élève mais pas trop et soudain Stand by me de Ben E. King m’a ouvert les portes d’un monde que je ne comprends vraiment que maintenant.

Si avant, seules les sonorités me faisaient vibrer. Aujourd’hui c’est la façon dont les chanteurs Soul des années 50-60 réussissaient à se livrer pendant cinq minutes sur des sujets sans intérêt particulier.

Qu’on ne me dise donc pas qu’avant c’était mieux, que les paroles n’ont plus de fond. Alors bien sûr, je déteste l’auto-tune. PNL sont d’ailleurs les parfaits représentants de la puissance du phénomène bien qu’écrire cette phrase me coûte. Et puis il y a toujours des choses que je critique car critiquer c’est jouissif et salvateur. Mais qu’on ne touche pas à ma Soul. Je pourrais devenir violente. 

J’aime tellement les instrus que je pourrais pleurer de bonheur, de kiff quoi. C’est littéralement comme deux secondes après l’orgasme inattendu.

Je crois que c’est ce que la musique provoque quand on l’aime. Donc la Néo-Soul reste de la Soul par son inspiration. Et néo, veut tout dire. Je crois que les styles se mélangent. Aujourd’hui, Barry White n’a pas l’apanage de la voix grave si Soul. Les Noirs ne règnent plus sur la Soul même si forcément leur influence existe et qu’en aucun cas on ne peut la renier.

Mais au même titre que ce monde de fou, la musique change, se mélange et évolue.

Et toutes ces catégorisations n’ont plus réellement de sens.

D’ailleurs, l’afro-house existe. Donc à partir de là, je crois que les frontières ont véritablement disparues ! Je me surprendre à apprécier l’électro et à ajouter certaines tracks à mon Spotify alors qu’en tant que pur produit caribéen, je suis sensée être sensible uniquement aux percussions, à la basse et au saxophone. Malgré tout, mon amour le plus sincère, le plus pur est dévoué à la Soul.

Parce-qu’elle est une expression musicale des tréfonds de l’âme et des divagations de l’esprit. Parce-qu’elle est le mélange improbable de l’influence de l’Eglise et de la vie vraie, vécue dans la rue, aux creux des lèvres et du désir. Marvin Gaye ne le sait que trop bien.

Je finis cet article au moment où la douce effluve de l’encens se consume dans l’air. Bood’Up – Ella Mai. Neo-Soul OU R’n’B: je ne sais pas.

Elle raconte juste sa vie. Une histoire d’amour encore et toujours. A croire que...

Je vous laisserai donc sur cette phrase: “La Soul a cette faculté de faire partager vos sentiments. Certains peuvent les cacher. Moi pas, quand je chante, ça sort vrai !” Aretha Franklin.